Des décennies que Cannes flashe pendant son festival de cinéma. Mais outre guetter George Clooney ou la bretelle rebelle de Sophie Morceau et décerner des palmes, qu'y fait-on? Et à quoi sert le festival de Cannes au fond?
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A voir des films avant les autres. Des films parfois censurés dans leur pays ou qui ne sont pas encore sortis en salles. L'année dernière, les festivaliers ont ainsi découvert «
Persepolis» un mois avant leur sortie officielle et «
La nuit nous appartient» de James Gray six mois avant.
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A parler en VO. La classe, c'est de ne connaître du film que son titre original, car à Cannes, les films étrangers projetés ne sont pas encore traduits en français. Et lancer «j'ai vu
Deathproof», ça en jette quand même plus que de dire «j'ai vu
Boulevard de la mort», le dernier Tarantino.
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A servir l'esthétique cinéphile. C'est le règlement officiel qui le dit: il s'agit «
de révéler et de mettre en valeur des œuvres de qualité en vue de servir l'évolution de l'art cinématographique (...)». Le but: que Cannes soit un «
baromètre mondial du cinéma», comme le clame Gilles Jacob, le président du festival.
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A sortir de son placard les robes, trop décolletées, trop courtes, trop flashy, que l'on croyait immettables. Car en fait, à Cannes, elles sont mettables.
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A faire du business. Il n'y a pas que les films de la sélection officielle. En coulisses, 10.500 professionnels de 92 pays se battent pour vendre 4.000 films, dont certains ne sont pas encore tournés.
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A booster la fréquentation dans les salles. Certains films primés à Cannes ne seraient peut-être jamais sortis sur les écrans sans leur palme. Et la curiosité pour un film palmé aidant, cela augmente souvent le nombre de spectateurs venus voir ce film («
Le vent se lève», de Ken Loach, palme d'or en 2006, a généré plus d'un million d'entrées; de même, «
Yol», le film kurde palme d'or en 1982, a fait 800.000 entrées).
Mais l'impact d'une palme sur les entrées n'est pas forcément comparable à celui du prix Goncourt sur les ventes d'un livre. Ainsi, «
Le scaphandre et le papillon», prix de la mise en scène en 2007, a eu une carrière décevante dans les salles. Inversement, «
La vie des autres», absent de la sélection cannoise (et de celle du festival de Berlin), n'a pas eu besoin d'un prix à Cannes pour cartonner dans les salles avec plus d'1,4 million d'entrées.
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A rallier un gotha/ghetto. «
Toute l'année, tu te demandes pourquoi tu fais ce métier, raconte un journaliste, et à Cannes, tu te retrouves soudain à monter les marches sous le regard des badauds, et même si tu n'es pas Monica Bellucci, ça te conforte dans l'illusion que tu appartiens à ce monde.» Même ambiance dans les maisons de production et de distribution qui délocalisent leurs salariés de Paris à Cannes pendant la durée du festival. Ils rencontrent leurs pairs, dans un grand rassemblement narcisso-corporatiste, et prouvent qu'ils sont «
bankable». Car descendre pendant 10 jours à Cannes, ça coûte une fortune, ne serait-ce que pour se loger. En effet, le festival a beau se tenir en mai, les hôtels pratiquent tous des tarifs haute saison pendant l'événement.
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A entrer dans (le hall d') un palace, un vrai, avec des étoiles, des portiers et des voituriers, comme ceux des trois spots (le Majestic, le Carlton et le Martinez) qui jalonnent la croisette.
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A écouler ses cartes de visite. Chaque année, 4.000 journalistes du monde entier débarquent sur la croisette. Rien que Canal+ mobilise 400 personnes pour couvrir l'événement. Plus que pour relayer les JO de Pékin.